À Goma, l’organisation La Benevolencija Grands Lacs a appelé les journalistes à intégrer l’approche genre dans la couverture des crises humanitaires. Ce plaidoyer a été lancé le 11 février 2026, lors d’un atelier organisé dans le cadre du projet « Habari Zama Hali ».

Depuis plus de deux décennies, l’Est de la République démocratique du Congo est marqué par des conflits armés récurrents. Ces tensions militaires affectent principalement les populations civiles, en particulier les femmes et les enfants. Pourtant, les dimensions liées au genre dans le traitement médiatique de ces crises restent encore insuffisamment prises en compte.

Lors de cette formation tenue à Goma, la Coordinatrice Médias régionale de la Benevolencija Grands Lacs, madame Colette Salima, a insisté sur la nécessité d’adopter une approche plus inclusive dans la production des contenus humanitaires.

« L’approche genre dans les médias humanitaires vise à intégrer les perspectives de genre dans la couverture des crises afin de refléter les réalités des différentes identités. Cela inclut la reconnaissance des rôles, des besoins et des expériences spécifiques des hommes, des femmes et des personnes non binaires dans des contextes de crise », a-t-elle expliqué.

Un contexte marqué par des violences persistantes

Dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, les violences sexuelles et les déplacements massifs de populations figurent parmi les conséquences directes des affrontements armés.

En 2023, l’organisation Médecins Sans Frontières (Ong MSF) rapportait avoir pris en charge 22 905 victimes de violences sexuelles. Selon son rapport annuel, 68 % de ces cas étaient liés à des agressions perpétrées par des hommes armés.

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Face à ces réalités, les professionnels des médias sont appelés à traiter les crises de manière transversale, en tenant compte des impacts différenciés sur les groupes les plus vulnérables.

Les rôles des journalistes humanitaires

Dans les contextes de crise, les journalistes jouent un rôle déterminant. Ils interviennent à la fois comme témoins, interprètes et protecteurs.

En tant que témoins, ils sont souvent les premiers à rapporter des événements tragiques et à documenter les souffrances des populations affectées. Cette responsabilité implique le respect de la dignité et de l’humanité des personnes concernées.

Comme interprètes, ils contextualisent les faits et traduisent les expériences des victimes pour le public, tout en évitant les stéréotypes ou les généralisations susceptibles de déformer la réalité.

Enfin, en tant que protecteurs, ils doivent veiller à la sécurité et à la confidentialité des personnes interviewées, notamment les survivantes de violences basées sur le genre. L’obtention d’un consentement libre et éclairé demeure une exigence fondamentale afin de prévenir toute exposition susceptible d’aggraver leur vulnérabilité.

L’information comme forme d’assistance

En période de crise, l’information devient également un outil d’assistance humanitaire. À travers le projet Habari Zama Hali, lancé en 2025 sous le format d’un bulletin humanitaire, la Benevolencija soutient un réseau de plus de 100 journalistes basés à Goma, Rutshuru, Masisi et dans certains territoires du Sud-Kivu.

À ce jour, plus de 200 productions ont été réalisées dans le cadre de cette initiative, mise en œuvre au Nord-Kivu par un consortium réunissant Coracon, RE.ME.D, JD et l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC).

Pour la Coordinatrice médias régionale de la Benevolencija, l’intégration du genre dans la couverture humanitaire doit devenir une priorité.

« S’il vous plaît, faites participer les femmes. Elles sont capables de s’exprimer et ont beaucoup à dire sur les situations qui les affectent. Même si, sur trois personnes interrogées, deux sont des femmes, l’information restera équilibrée », a-t-elle souligné à l’attention des journalistes.

À travers ce plaidoyer, la Benevolencija entend renforcer une couverture médiatique plus inclusive, capable de rendre visibles les besoins spécifiques de toutes les catégories de la population affectée par les crises dans l’Est de la République Démocratique du Congo.

LUKEKA M NATHANAËL

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