Dans la ville de Beni, au Nord-Kivu, une initiative locale contribue à retisser les liens entre la population et les forces de sécurité. Dans un contexte marqué par la méfiance et les violences, une chorale œcuménique réunit civils, policiers et militaires autour d’une passion commune : chanter la paix dans les églises locales.

Dans cette région longtemps affectée par l’insécurité, cette chorale pas comme les autres s’impose progressivement comme un espace de dialogue et de rapprochement. À travers la musique, les participants apprennent à se connaître autrement et à dépasser les préjugés existant entre les forces de sécurité et la population civile.

« Nous disons aux civils qui accusent les policiers d’être de mèche avec les malfrats qu’ils se trompent. Aujourd’hui, nous comprenons qu’il existe une véritable collaboration », affirme un policier membre de cette chorale.

Du côté des civils, le changement de perception est également notable. « Depuis que nous chantons ensemble, nous vivons comme des frères et des amis. Ceux qui ont encore peur ou des idées négatives devraient nous rejoindre pour construire la paix », témoigne une participante.

Au sein de ce groupe, les uniformes s’effacent derrière les voix. La cohabitation et le sentiment d’unité prennent progressivement le dessus. « Je me sens vraiment bien, car nous sommes tous unis. Je suis militaire, et j’invite la population à ne plus avoir une mauvaise image de nous, mais plutôt à venir nous rejoindre », confie un militaire.

S’exprimant au micro de l’émission, “Sauti ya Amani”, un commissaire adjoint de la police renchérit : « Nous sommes unis comme des poissons dans la mer. Ce qui arrive à l’un concerne tout le monde ».

Au-delà de la musique, cette chorale est devenue un véritable espace de confiance, d’écoute et de cohésion sociale. Son impact se fait déjà ressentir dans la communauté, selon son président, Kambale Kapandaoli Ignace. « Nous restons unis pour empêcher l’ennemi de s’infiltrer parmi nous. Il y a même des personnes qui commencent à déposer les armes. Cette chorale favorise une réelle collaboration », explique-t-il.

Invité de la semaine dans l’émission “Sauti ya Amani”, Christian Balewa a également souligné l’importance de la non-violence dans un contexte de crise humanitaire au Nord-Kivu. Membre du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA), il défend depuis plusieurs années une approche pacifique.

« J’ai choisi de rejoindre la LUCHA, un mouvement qui milite pour la non-violence, parce que notre ville et notre pays traversent depuis des décennies des périodes de violence. Je pense que la non-violence est le moyen le plus responsable pour revendiquer la dignité humaine et la justice », a-t-il déclaré.

Composée de fidèles issus de différentes églises, cette chorale civilo-militaire se présente ainsi comme une preuve qu’au-delà des différences, le vivre-ensemble est possible. Une initiative porteuse d’espoir pour la ville de Beni, longtemps meurtrie par l’activisme des groupes armés.

Cet article est produit dans le cadre du projet « Renforcement des capacités des journalistes et médias du Nord-Kivu sur le journalisme de paix pour la cohésion sociale ». Un projet exécuté par l’Union Nationale de la Presse du Congo, section du Nord-Kivu, avec l’appui de la Direction du Développement et de la Coopération, DDC Suisse.

A travers ce projet, l’UNPC Nord-Kivu vise à transformer le rôle des médias, passant de simples observateurs ou rapporteurs à des véritables catalyseurs de la paix et de la cohésion sociale.

Chantal Kahashi, depuis Beni, pour le compte de “Sauti ya Amani”.

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