Spectacle de sensibilisation aux droits sexuels et reproductifs organisé à l’Université de Goma par l’ONG Actions pour les Droits Solidaires (ADS). Photo utilisée à titre d’illustration.

En République démocratique du Congo (RDC), les avortements clandestins demeurent une préoccupation majeure de santé publique. Face aux grossesses non désirées, de nombreuses jeunes filles recourent encore à des pratiques non sécurisées, souvent dans la peur et le silence.

Selon l’Enquête Démographique et de Santé menée entre 2023 et 2024 par des chercheurs de l’Université de Kinshasa en collaboration avec le Guttmacher Institute, 7,5 % des filles de moins de 20 ans ont déjà avorté en RDC. À Kinshasa, le taux est estimé à 56 avortements pour 1 000 femmes en âge de procréer, souligne l’enquête.

À Goma, plusieurs étudiantes estiment que la pression sociale, les convictions religieuses et le manque d’informations sur les services de santé reproductive poussent certaines jeunes filles vers des avortements clandestins. «La peur du jugement et de la condamnation religieuse pousse plusieurs jeunes à agir en secret», explique Belise Lusambo, distributrice à base communautaire (DBC) à l’Université de Goma.

Pour les professionnels de santé, ces pratiques exposent les femmes à des complications graves. Le Dr Claudine Munyatwari, médecin à l’hôpital provincial du Nord-Kivu, cite notamment les hémorragies, les infections, les perforations utérines et, dans certains cas, le décès.

Au-delà des conséquences physiques, les spécialistes alertent également sur les répercussions psychologiques. Selon le psychologue Dieudonné Bahati, la culpabilité, l’abandon par le partenaire ou les difficultés sociales liées à une grossesse non désirée peuvent entraîner des troubles dépressifs importants.

Sur le plan juridique, Maître Urbain Magayane rappelle que les avortements pratiqués en dehors des conditions prévues par le Protocole de Maputo restent réprimés par la législation congolaise. Ce texte autorise notamment l’avortement sécurisé en cas de viol, d’inceste, d’agression sexuelle ou lorsque la vie de la mère est menacée.

Face à cette réalité, plusieurs organisations, dont Actions pour les Droits Solidaires (ADS), renforcent leurs actions de sensibilisation. À travers des campagnes auprès des étudiants, journalistes et créateurs de contenus, elles plaident pour une meilleure information sur les droits sexuels et reproductifs.

Entre tabous, pressions sociales et insuffisance d’information, les avortements clandestins continuent de mettre en danger la vie de nombreuses femmes en RDC. Les acteurs de la santé insistent sur la prévention, l’éducation sexuelle et l’accès à des soins sécurisés pour réduire les risques et sauver des vies dans un contexte marqué par une crise humanitaire persistante au pays.

LUKEKA MBILIZI NATHANAËL 

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