À Goma, dans la province du Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo, Pole Institute a réuni des jeunes et des aînés du 4 au 5 mars 2026 afin de réfléchir sur les origines des tensions sociales susceptibles de provoquer des traumatismes au sein des communautés.

Cette rencontre a rassemblé des leaders communautaires et de jeunes qui ont des responsabilités dans les organisations locales de Goma et du territoire de Nyiragongo, qui sont engagés dans la construction de la paix. Les échanges ont porté sur le dialogue intergénérationnel et sur les mécanismes nécessaires pour briser la transmission des traumatismes entre les générations ainsi que les discours de haine qui alimentent les tensions dans la région.

Selon Ebilga Kavira Sikiri, chargée du programme de guérison des traumatismes (trauma healing) à Pole Institute, l’objectif de cette activité était d’offrir un espace de réflexion aux leaders communautaires et aux jeunes afin d’identifier les tensions susceptibles de générer des traumatismes.

« Nous avons commencé par une journée de réflexion autour des tensions qui peuvent engendrer des traumatismes. Comme vous le savez, nous vivons dans une zone marquée par des violences persistantes où les tensions ethniques continuent de croître et de se renforcer. Il était donc important de réunir des aînés et des jeunes engagés dans des structures de construction de la paix, provenant de différentes tribus et groupes ethniques », a-t-elle expliqué.

Dans le contexte des conflits persistants dans le Nord-Kivu, l’implication des jeunes et des leaders communautaires est jugée essentielle. Pour Pole Institute, ces deux groupes constituent des acteurs majeurs du changement, même si des tensions intergénérationnelles existent souvent entre eux, notamment autour des questions liées à l’emploi.

Activité de rapprochement entre jeunes et aînés

En réunissant les deux groupes, l’organisation visait à favoriser le rapprochement entre jeunes et aînés et à les encourager à s’impliquer davantage dans les processus de paix intégrant la dimension du traumatisme.

« Nous attendons d’eux, la constitution d’un noyau capable d’initier des actions collectives favorisant un changement qui apaise, prévienne des tensions sociales et des traumatismes dans nos communautés. Les jeunes et les leaders communautaires ont été réunis parce qu’ils sont à la fois acteurs des tensions et moteurs du changement », a indiqué Mame Ebilga.

Cette approche a permis non seulement d’obtenir une vision globale des perceptions de ces deux groupes, elle a aussi aidé à créer un espace d’échange sur les expériences vécues.

« En les mettant ensemble, nous obtenons une vue panoramique de leurs perceptions. Souvent, les jeunes accusent les aînés de s’accaparer des postes dans les entreprises, tandis que les aînés reprochent aux jeunes leur manière de grandir. Pourtant, chacun joue un rôle important dans la communauté », a-t-elle ajouté.

Certaines accusations contribuent à alimenter les tensions sociales et peuvent provoquer des traumatismes chez les personnes directement concernées. D’autres encore, se transmettent de génération en génération, renforçant ainsi les conflits au sein des communautés. D’où la nécessité de mettre en place des mécanismes pour lutter contre cette transmission et contre les discours de haine qui en découlent.

L’atelier comme espace pour briser la chaîne de transmission des traumatismes

Selon les organisateurs, le traumatisme intergénérationnel est souvent hérité plutôt que directement vécu. Il s’agit d’une souffrance qui traverse les générations et qui se transmet parfois inconsciemment, à travers le partage d’une histoire traumatique. 

« Lorsque les aînés racontent leur expérience aux jeunes, deux situations peuvent se présenter : soit l’histoire est racontée pour susciter la vengeance, soit elle est transmise pour instaurer un climat d’apaisement et de paix « , a estimé Antoine Bazungu, leader communautaire du territoire de Nyiragongo.

La haine contribue souvent à intensifier les conflits relationnels, créant un cercle vicieux où la méfiance et les malentendus se renforcent mutuellement.

Selon l’UNESCO, le discours de haine désigne  » tout type de communication, qu’il s’agisse d’expression orale ou écrite ou de comportement, constituant une attaque ou utilisant un langage péjoratif ou discriminatoire à l’égard d’une personne ou d’un groupe en raison de son identité », écrit l’Organisation des Nations-Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture.

Durant ces deux journées de réflexion, les participants ont identifié les causes, les formes et les conséquences des traumatismes intergénérationnels et des discours de haine. Ils ont également discuté des responsabilités des aînés et des jeunes dans la prévention de ces phénomènes, tout en formulant des propositions d’actions concrètes, individuelles et collectives.

Engagement pris dans le dialogue entre jeunes et aînés

Les discussions ont permis d’identifier plusieurs tensions sociales majeures susceptibles de provoquer des traumatismes et d’analyser leurs effets sur la cohésion sociale et le vivre-ensemble.

Dans un climat d’échanges sincères, jeunes et aînés ont reconnu l’existence de nombreux préjugés qui alimentent les tensions entre générations.

« Nous avons souvent beaucoup de préjugés envers nos aînés. Cet atelier nous a permis d’en déconstruire certains. Les jeunes doivent dialoguer avec les aînés afin de mieux comprendre leurs expériences », a déclaré Divine, une jeune slameuse de Goma, appelant les jeunes à se rapprocher davantage des personnes âgées.

De son côté, Monsieur Antoine Bazungu estime qu’une mauvaise transmission de l’histoire peut devenir une source de traumatisme chez les jeunes.

 » Une histoire mal transmise par les aînés peut devenir un élément traumatique pour les jeunes. Pour éviter d’être des vecteurs de traumatismes et de haine, nous nous sommes engagés à sensibiliser d’autres aînés afin de transmettre les histoires de manière responsable. L’histoire est têtue certes, mais même lorsqu’il s’agit d’une histoire vraie, elle doit être racontée dans un message qui favorise l’apaisement, la cohésion sociale et la pacification « , a-t-il conclu.

À l’issue de ces deux journées de réflexion, un noyau composé de représentants des jeunes et des leaders communautaires a été mis en place dans chaque entité, avec l’inclusion des groupes minoritaires. L’objectif est de poursuivre les actions de sensibilisation au sein des communautés et de contribuer à la prévention des traumatismes et des discours de haine, a souligné Monsieur Bernardin Ulimwengu, l’un des facilitateurs de l’atelier.

LUKEKA MBILIZI NATHANAËL 

One thought on “Nord-Kivu : Pole Institute réunit jeunes et aînés pour briser la transmission du traumatisme et des discours de haine”
  1. C’est une initiative très importante. Il est essentiel que les générations futures comprennent les racines de ces conflits pour éviter de les reproduire.

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