Mercredi 15 avril 2026 marque trois années de guerre au Soudan entre l’armée régulière soudanaise (FAS), dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdane Dagalo, dit « Hemedti ». Un conflit qui a plongé le pays dans une crise humanitaire d’une ampleur sans précédent et dont les effets s’étendent bien au-delà des frontières nationales.
Depuis avril 2023, environ 14 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer. Parmi elles, près de 9 millions sont déplacées à l’intérieur du Soudan et environ 4,4 millions ont traversé les frontières, selon les données du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Cette situation fait du Soudan l’une des plus importantes crises de déplacement au monde. Aujourd’hui, une personne sur quatre dans le pays est déplacée. Pour beaucoup, les trajectoires de fuite se répètent, marquées par une succession de déplacements forcés vers des zones jugées plus sûres, elles-mêmes devenues instables.
Malgré plusieurs appels à la désescalade, les combats se poursuivent dans de nombreuses régions, notamment au Darfour, au Kordofan et dans l’État du Nil Bleu. L’intensification récente des bombardements aériens et de l’usage de drones a provoqué de nouveaux déplacements de population.
Les violations des droits humains restent largement documentées : violences sexuelles liées au conflit, recrutements forcés, détentions arbitraires et massacres. L’effondrement des structures de santé, de sécurité et de justice contribue à un climat d’impunité généralisée, rapportent plusieurs médias internationaux.
Selon Médecins Sans Frontières (MSF), les capacités de protection et d’assistance de la population ont été profondément démantelées par les deux parties au conflit.
Femmes et enfants en première ligne
Les femmes et les jeunes filles sont particulièrement exposées aux violences sexuelles, à l’exploitation et aux abus, notamment lors des déplacements. Les difficultés d’accès aux soins médicaux, psychosociaux et juridiques aggravent encore leur vulnérabilité. Les enfants également, paient un lourd tribut de ce conflit.
D’après le HCR, plus de 58 000 enfants non accompagnés ont franchi les frontières depuis le début du conflit. Beaucoup ont été séparés de leurs familles, blessés ou profondément traumatisés. La majorité d’entre eux a eu un accès très limité, voire inexistant, à l’éducation depuis trois ans, mentionne l’Organisation dans la déclaration de sa représente du 10 avril dernier.
En plus de son Impact à l’intérieur du pays, le conflit déborde largement les frontières soudanaises et fragilise les pays voisins, en particulier le Tchad, l’Égypte et le Soudan du Sud, qui accueillent la majorité des réfugiés.
Au Tchad, les arrivées en provenance du Darfour se poursuivent, tandis que le Soudan du Sud fait face à une pression accrue alors même qu’il accueille déjà près d’un million de personnes déplacées soudanaises, dans un contexte de crise interne persistante. Les capacités d’accueil et les ressources humanitaires diminuent, poussant certaines populations à des situations de vulnérabilité extrême.
Des retours dans des zones dévastées
Dans certaines régions où les combats ont temporairement diminué, des mouvements de retour sont observés. Environ 1,5 million de personnes seraient retournées à Khartoum, tandis que d’autres se dirigent vers les États d’Al-Jazirah et de Sennar.
Cependant, ces zones sont fortement dégradées : infrastructures détruites, services publics effondrés, économie paralysée et tissu social fragilisé. Ces conditions font craindre de nouveaux déplacements à court terme.
Une réponse internationale insuffisante
La réponse humanitaire reste largement en deçà des besoins. Les organisations internationales, dont le HCR, n’ont reçu que 16 % des 2,8 milliards de dollars nécessaires pour les opérations à l’intérieur du Soudan, et seulement 6 % des 1,6 milliard requis pour la réponse régionale.
Pour Médecins Sans Frontières, l’inaction internationale contribue à prolonger la crise. L’organisation appelle à une protection immédiate des civils, au respect du droit international humanitaire et à un accès durable à l’aide humanitaire.
Une crise aux enjeux géopolitiques complexes
Plusieurs analyses estiment que le conflit est influencé par des soutiens extérieurs, bien que ces accusations soient contestées par les parties concernées. Certains experts évoquent notamment un possible rôle des Émirats arabes unis en lien avec les Forces de soutien rapide (FSR), tandis que l’Arabie saoudite et l’Égypte sont souvent perçues comme plus proches du camp du général Abdel Fattah al-Burhan, à la tête de l’armée régulière, qui bénéficie d’une reconnaissance internationale.
Des chercheurs de l’Université de Yale ont également évoqué des éléments de collusion régionale impliquant plusieurs acteurs, alimentant les craintes d’une extension du conflit à l’échelle régionale.
Trois ans après le début des combats, la guerre au Soudan demeure l’une des pires crises humanitaires actuelles. Dans un contexte de sous-financement chronique de l’aide internationale, les organisations humanitaires alertent sur le risque d’une aggravation durable des souffrances et d’une déstabilisation accrue de toute la région.
« Trois années de guerre ont déjà coûté des sommes inestimables au Soudan. Laisser cette situation perdurer, c’est risquer de condamner toute une génération.« , alerte Amande Bazerolle, cheffe de mission de MSF au Soudan.
LUKEKA MBILIZI NATHANAËL

